Zéro six zéro un

Dans le vent, la nuit et le froid, cinq pingouins attendent en rond. Oui, il fait froid, très très, ça pourrait être pire (ah bon ?), pourquoi, cette illusion, ce fossé ?

Avec chacun, des discussions sans fin à refaire le monde et la vie, à s’ouvrir l’esprit et s’enrichir de nos chaleurs respectives ou juste partager un bout de temps qui s’écoule en sens unique.
Tous ensemble dans la même pièce, ils ne sont plus que des gens normaux parlant de choses banales, les enfants, la météo, les transports, le boulot, halala. Merde(s).

Regard circulaire sur la salle : des prunelles pétillantes, un décolleté plongeant, des talons rouges et hauts, un profil anguleux sous le spot. S’occuper les yeux pour s’occuper la tête, puis, de temps en temps, jeter un oeil à mes comparses, sourire, hocher la tête. Une heure de retard, je pourrais être ailleurs, plus à l’Est. Ne pas penser, ne pas flipper, ne pas pleurer, surtout pas, tu pourrais ne pas pouvoir t’arrêter.

Enfin c’est leur tour, leur énergie, leurs sourires, premier rang, caméra au poing, ouf, t’es pas venue pour rien, non d’un chien, c’est lourd 3 minutes 47 secondes environ fois quatre à bout de bras.

Ailleurs, donc, et leurs sourires étincelants et leurs regards gourmands, ils te manquent presque, cette petite tribu qui ne te demande rien et en plus te trouve magnifique. Mais tu ne les rejoindra pas, pas ce soir, trop tard, fatiguée, épuisée, sommeil trop rare, l’insomnie te fait encore du pied.

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