La Vie, l’Univers, et le Reste (surtout le reste)
J’aurai dû te dire de rester.
Ou mieux, j’aurai dû t’accompagner.
Je n’aurai pas dû te laisser partir sans broncher.
(…)
Je connaissais toutes tes émotions sans rien connaître de ta vie.
Je comprenais le moindre tressautement de tes entrailles sans avoir jamais goûté le parfum de ta peau.
Chaque jour ce train me ramène vers ton fantôme, que le temps passant sur ton absence infinie ne rend pas moins présent.
(…)
Ce maudit temps qui passe ne change rien à la Vie en général ou à ma vie en particulier.
Et ceux qui ne sont plus là ne s’effacent pas.
(…)
Haïssables fantasmes projetés.
Traitres rêves interdits.
(…)
Roulant un manuscrit sous son pied convulsif,
Mesure d’un regard que la terreur enflamme
L’escalier de vertige où s’abîme son âme.
Les rires enivrants dont s’emplit la prison
Vers l’étrange et l’absurde invitent sa raison ;
Le Doute l’environne, et la Peur ridicule,
Hideuse et multiforme, autour de lui circule.
Ce génie enfermé dans un taudis malsain,
Ces grimaces, ces cris, ces spectres dont l’essaim
Tourbillonne, ameuté derrière son oreille,
Ce rêveur que l’horreur de son logis réveille,
Voilà bien ton emblème, Ame aux songes obscurs,
Que le Réel étouffe entre ses quatre murs !
Baudelaire, Les Epaves
No comments
Jump to comment form | comments rss [?]