La théorie du 7è kilomètre
“C’est à mon ami Fernando que je dois la métaphore qui explique peut-être le mieux la conjoncture dans laquelle les Cubains ont vécu ces dernières années.
Il est l’auteur de la théorie du septième kilomètre. Fernando, autant vous prévenir, est un homme capable de parler du cinéma de Tarkovsky et des utopies négatives d’Orwell, mais c’est aussi un personnage doté d’un véritable sens pratique face à la vie.Selon Fernando, nous sommes, nous, Cubains, lancés dans une course de fond de dix mille mètres dont, depuis plusieurs années, nous courons le septième kilomètre.
C’est-à-dire que nous avons atteint le moment où, plus proches de la ligne d’arrivée que de départ, nous avons épuisé l’essentiel de nos forces alors qu’il nous reste le plus difficile de la course.
Et comme le septième kilomètre semble infini, nous ne savons pas si nous aurons assez d’énergie pour en venir à bout.
D’autant que le trajet est élastique et que le but tend à s’éloigner chaque fois que nous l’entrevoyons (ou que nous croyons l’avoir entrevu, précise-t-il).
«Tous les jours, à mon réveil, je sens que j’en suis au septième kilomètre, me dit-il, et, bien que je ne sache pas si je pourrai tenir, je sors à nouveau pour courir, en vue de “quelque chose”. Je sais que si je cesse de courir, je suis éliminé et que pour vivre avec un minimum de moyens, il faut que je sois sur la piste et que je coure, que je coure. Tu sais quoi ? La course finit par devenir le but. Il ne s’agit plus d’arriver, mais de résister, de continuer à courir.» “
L’écrivain cubain Leonardo Padura dans le magazine GEO n°339 de mai 2007.
No comments
Jump to comment form | comments rss [?] | trackback uri [?]